En cette période de rentrées (politique, scolaire, et surtout viticole et littéraire) les éditions de La Table Ronde proposent trois ouvrages consacrés au vin, trois regards et trois approches différentes de celui-ci.
Honneur à la nouveauté, parlons tout d’abord de « Poètes de la bonne chère », de Kilien Stengel, première anthologie de poèmes consacrés à la gastronomie. On y retrouve prés d’une centaine d’auteurs (dont Boris Vian ou François Villon) ayant usé de leur art de faire sonner les mots pour célébrer l’art de ravir les papilles. Bourguignon de 36 ans, Kilien Stengel connaît la musique des mots et des fourneaux, puisqu’il a travaillé dans la restauration (notamment aux côtés de Marc Meneau à « l’Espérance » et de Christophe Cussac à « l’Abbaye Saint-Michel »), avant de diriger des formations aux métiers de l’hôtellerie et de la sommellerie. Il participe depuis 2006 à la classification de la gastronomie française au Patrimoine Mondial Immatériel de l’UNESCO.
Autre style, plus encyclopédique, avec la réédition de « La célébration des alcools » de Raymond Dumay (1916 – 1999). L’auteur, historien de la table et du vin, y passe en revue tous les alcools du monde et ne manque pas de proposer des recettes de cuisine ou de cocktails pour mieux les apprécier. Egalement romancier, le style de Dumay n’a rien à envier aux poètes évoqués précédemment, comme le prouve cet extrait : « après avoir sondé les reins et les cœurs, nous arrivons à une conclusion : l'alcool est un produit de la philosophie plus que de la distillation, il est existentialiste. L'alcool n'était pas, il est devenu. Il s'est fait en faisant son consommateur, qui lui-même devenait autre à mesure que l'alcool se modifiait. Tous les alcools suivent la même évolution, qui est celle de l'homme et tout aussi bien celle de l'art. Ils vont vers plus de dépouillement, de sobriété, de finesse...»
Terminons avec « l’âme du vin » de Maurice Constantin-Weyer (1881 – 1964), réédition d’un ouvrage paru en 1932. Malgré une œuvre conséquente et un prix Goncourt en 1928 pour « Un homme se penche sur son passé », l’auteur n’a jamais vraiment été reconnu. Natif de la Haute-Marne, il aura eu une vie étonnante : émigré au Canada en 1901, il y passe onze années pendant lesquelles il est fermier, cow-boy, bûcheron, marchand de chevaux et de fourrures, reporter… Revenu en France pour la Grande Guerre, il redécouvre le vin en allant au front, avant de se consacrer à la littérature. « L’âme du vin » est « à la fois un hymne au mystère de la vigne et à l’ivresse, un parfait guide des vins qu’il décrit région par région et un ouvrage polémique : l’auteur déplore la loi sur les appellations d’origine qui vient d’être votée… ». Certainement de quoi attiser votre curiosité !
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